La théorie de Brandolini transposée à la mécanique d’une campagne présidentielle

La loi de Brandolini apparait en 2013. Elle constitue un aphorisme selon lequel La quantité d’énergie déployée pour réfuter ou nuancer une information fausse (initialement une sottise) est bien plus importante que la quantité d’énergie employée pour émettre et propager cette mêle information. En conséquence, cette loi, qui est parfois populairement appelée « principe de l’asymétrie des baratins » fait directement référence aux mécaniques de propagande selon lesquelles une information fausse mais consensuelle, facilement compréhensible et rapidement appréhendable, marquera rapidement et efficacement les esprits. Alors qu’à l’inverse, les explications, la pédagogie et les démonstrations qui seront nécessaires à la réfutation de cette même information trouveront moins facilement un public car leur assimilation sera plus complexe et plus laborieuse.

En substance, Alberto Brandolini, explicite les bases de son principe théorique sur fond d’essor des réseaux sociaux de seconde génération, et des formats courts qui les caractérisent. Treize ans plus tard, les formats ultra courts que sont les shorts et les Reels, respectivement sur TikTok et Instagram, sont effectivement devenus les terrains d’expression privilégiés des discours complotistes, radicalisés et extrêmes car ils permettent la diffusion rapide et massive de contenus ultra simplifiés et faciles à mémoriser alors même que les démentis qui leurs sont relatifs nécessitent d’autres formats, plus longs et pédagogiques, mais, de fait, moins plébiscités par les jeunes publics.

En ces termes et en transposant ce principe à la période préélectorale de la fin 2026, il nous semble pertinent d’interroger de nouveau le concept en y intégrant l’impact perçu de deux nouveaux principes qui lui sont contemporains. Le premier est l’utilisation de plus en plus fréquente pour générer des contenus, pais aussi pour fabriquer de toute pièce les éléments photographiques et audiovisuels qui viendront compléter une information. Le second est la prolifération d’experts autoproclamés qui, via ces mêmes réseaux sociaux, discutent à niveau égal avec des professionnels détenteurs d’une expertise véritable. Dans ces conditions, et à un moment où l’information n’a jamais été aussi importante en tant que préalable à une prise décision, il convient de reconnaitre qu’il n’a jamais été aussi complexe de démêler le vrai du faut et de nuancer les approximations et les contrevérités qui constituent une part de plus en plus grande des contenus proposés aux individus connectés.

En parallèle de ce constat théorique, le regard du praticien s’attache à constater un manque cruel de barrières légales, de gardes fous technologiques, et de moyens de vérifications et de modération des informations communiquées. En outre, même les plateformes les plus opérationnelles en termes de vérification des contenus obéissent à un principe empirique mais consensuellement reconnu, qui veut que les technologies évoluent plus vite que les cadres légaux ou juridiques.

En conclusion, ce travail introductif reconnait, non seulement la pertinence, mais surtout l’amplification de la théorie de Brandolini, dès lors qu’elle est impactée par les facteurs technologiques et conjoncturels que nous nous attachons à mettre en lumière.

Ce premier regard est amené à être complété par un second exercice, qui consistera à produire une mesure des contenus nécessitant une modération à l’approche, é éventuellement au lendemain, des élections d’Avril 2027.

Yann Levy